Entretiens individuels

Trois critères d’accompagnement

  • Une démarche individualisée, définie avec l’accompagné

Les objectifs ne sont pas prescrits par l’accompagnateur, mais définis ensemble, à partir des désirs et besoins exprimés par l’accompagné. De même, le plan d’action pour atteindre ces objectifs. Il s’agit d’une démarche individualisée, proposant un cheminement individuel. Le mode d’intervention est souple, modulé, adapté aux besoins de la personne.

  • Prendre en compte la situation globale

Objectifs et moyens doivent prendre en compte l’ensemble de la situation de la personne, afin d’avoir le plus de chances que l’accompagné mène à terme la démarche choisie. Cela implique d’individualiser le cheminement, du parcours de la personne, en mobilisant le réseaux de partenaires selon les besoin, et en visant l’intégration sociale, pas seulement l’intégration professionnelle.

  • Rechercher l’autonomie

L’accompagnement ne vise pas seulement à résoudre un problème particulier à un moment donné, mais à ce que l’accompagné devienne plus autonome pour résoudre les problèmes futurs, et ait donc besoin de moins d’aide, et même de moins d’accompagnement pour cela.

Les entretiens individuels, au cœur de l’accompagnement en mission locale

En mission locale, l’accompagnement passe d’abord par les entretiens individuels. Même si l’on peut aussi prévoir des ateliers, des activités en groupe, les entretiens jouent un rôle central. Car ils servent au diagnostic, à la discussion et à la programmation.
Je vois plusieurs conditions pour que les entretiens successifs aient valeur d’accompagnement.

Tout d’abord, ce sont des moments pour « cheminer avec » : on réfléchit ensemble et on évalue ensemble l’accompagnement.

Ensuite, les entretiens doivent apporter au jeune une méthode de travail pour ses démarches, ses recherches professionnelles.

Enfin, il s’agit que le jeune s’approprie cette démarche. Cela se traduit en particulier par des démarches, du travail entre deux entretiens – des actions, de la réflexion – pour que chaque entretien soit nourri des résultats – quels qu’ils soient – des actions réalisées depuis l’entretien précédent. Qu’on ne tourne pas en rond.

Tout cela demande évidemment que s’établisse une confiance réciproque entre le jeune et le conseiller.

Diagnostic partagé et médiation

L’objet de l’entretien, c’est d’abord de diagnostiquer ensembleet de négocier : on mène un « diagnostic partagé » pour fixer ensuite une stratégie de progression, un parcours fixé. Il y a généralement négociation entre les réponses que le jeune attendait et ce que le professionnel peut leur proposer. Peut-être un cinquième des jeunes vient en exprimant le projet de devenir « ingénieur du son » ! le conseiller est souvent amené à les remettre face à la réalité.

Le conseiller joue aussi un rôle de médiateur. Si le jeune est peu autonome, accompagne, c’est en grande partie faire : travailler avec lui, prendre des contacts et faire lien avec les partenaires. Dans ce cas-là on cherche à ce que petit à petit il prenne plus d’autonomie, en réalisant ses objectifs. On construit un parcours par étape, avec une autonomie croissante du jeune. Mais il ne faut pas se cacher qu’à la fin, l’autonomie reste parfois faible. Un de mes collègues disait à propos de l’établissement des CV : « Il y a des publics à qui on apprend à pécher, et d’autres à qui on donne le poisson !»

A la fin de chaque entretien, une réalisation, une proposition concrète

Mon fil conducteur est qu’à la fin de l’entretien, on aboutisse à une réalisation, une proposition concrète : formation, emploi … Il s’agit de ne pas perdre son temps, on travaille sur du concret, sur des actes. Afin que le jeune sorte en se disant « J’ai avancé », qu’il sente une début de progression, qu’une dynamique se soit enclenchée. Pour que la fois suivante on parte sur une base nouvelle.
Cela ne fonctionne pas toujours. Parfois, le jeune est dispersé, on n’arrive pas à avancer. Je lui dis alors : « Réfléchissez, revenez me voir la semaine prochaine » Si cela se répète, il s’agit de l’orienter si possible vers un psychologue.

« Nous avons de quoi construire »

Le cahier des charges des missions locales nous conduit à devoir concilier les limites de temps et les objectifs. C’est parfois délicat mais cela fait partie de notre savoir faire, de notre métier. Notre rôle est souvent compris a posteriori par les publics que nous recevons.

En tant que conseillers en mission locale, nous avons de quoi bricoler ou plutôt de quoi construire. Nous pouvons accorder des aides, donner des tickets de transport. Nous disposons aussi d’outils de première évaluation. Si nous avons besoin d’une évaluation plus précise, nous avons la possibilité de faire appel à des partenaires extérieurs, comme le médecin généraliste. Nous pouvons proposer aux jeunes se suivre un atelier – les Parcours d’Orientation Professionnelle (POP). S’ils en montrent le besoin, nous orientons les jeunes vers des plates-formes linguistiques, les parcours de mobilisation, les pôles qualifiants, etc. Nous pouvons aussi leur proposer un parrainage. Bref on a une boîte à outils, si on n’arrive pas à quelque chose, c’est qu’il y a un problème !